CHAPITRE III

La Reine se leva.

– Explique-toi ! Beju, ordonna-t-elle d’une voix vibrant de colère.

Beju se mit à tourner lentement autour des Jedi en les toisant d’un regard méprisant. C’était un jeune homme bien bâti, à peu près de la taille et de la corpulence d’Obi-Wan, mais ses cheveux, qui lui arrivaient aux épaules, étaient si clairs qu’ils en paraissaient blancs. Ses yeux étaient du même bleu métallique que ceux de sa mère.

Lors de sa brève rencontre avec le Prince, Obi-Wan avait pu prendre la mesure de son arrogance. Il soutint son regard sans ciller, mais veilla à conserver une expression impassible. Qui-Gon avait raison : il valait mieux ne pas le contrarier davantage.

– Ils se prétendent Jedi, mais ce ne sont que des fauteurs de troubles ! cracha le prince Beju. Savez-vous ce qu’ils ont fait sur Phindar ? Ils se sont mêlés des affaires de la planète et ont semé la discorde. Du coup, une guerre a éclaté, qui a fait de nombreuses victimes. Voulez-vous qu’il en soit de même sur Gala, Mère ?

– Ils ont démantelé une organisation criminelle qui s’était emparée de la planète, rétorqua calmement la reine Veda. Maintenant, les Phindiens sont libres. Et ces Jedi nous ont également apporté du bacta, dont nous manquons cruellement.

Beju rougit.

– Vous parlez d’un cadeau ! fit-il avec dédain. C’est moi qui suis allé sur Phindar pour négocier cette cargaison. À cause de ces Jedi, les rebelles phindiens me l’ont volée – certainement sur leur ordre. Et maintenant, ils nous font cadeau de mon bacta ? C’est une plaisanterie !

Obi-Wan se raidit. Pourquoi Qui-Gon restait-il planté là sans mot dire ? Le Prince donnait sa version des événements qui s’étaient déroulés sur Phindar, et c’était un tissu de mensonges. Il savait que les Jedi ne pouvaient prouver qu’il avait agi dans l’intention de nuire à Gala. Obi-Wan en prit bonne note : ils avaient affaire à un adversaire intelligent. Mais pourquoi Qui-Gon ne disait-il pas la vérité à la reine Veda ?

L’homme chauve et frêle qui accompagnait le Prince se tourna vers les Jedi :

– Qu’avez-vous à répondre à cela ?

La reine Veda intervint :

– Je vous présente Lonnag Giba, le président du Conseil des Ministres. Il a accepté votre visite de bonne grâce.

– C’était avant que le prince Beju ne lance ses accusations, fit Giba d’un air sévère. Je vous pose à nouveau la question : qu’avez-vous à répondre ?

Malgré la mauvaise foi du Prince, Qui-Gon parla d’une voix dépourvue d’irritation ou de colère.

– Notre interprétation des événements qui se sont produits sur Phindar diffère de celle du Prince. Mais à quoi bon en débattre ? Nous sommes venus ici sur votre invitation. Pourquoi devrions-nous nous défendre ? Si vous désirez nous voir quitter votre monde, nous nous en irons.

– Non ! s’exclama la reine Veda.

– Si, Mère, fit le Prince en se tournant vers elle dans une envolée de sa cape. Qu’ils partent ! Ce ne sont que des fouineurs qui veulent se faire passer pour des observateurs, des poules mouillées qui jouent les preux chevaliers.

La reine Veda soupira.

– Assez, Beju. Tu as exprimé ton opinion. Mais Qui-Gon Jinn a raison : nous avons invité les Jedi à venir remplir leur fonction de Garants de la Paix. Nous tenons tous à ce que les élections se déroulent sans histoires, n’est-ce pas ?

– Nous ne voulons pas d’élections du tout, rétorqua le Prince en se renfrognant. Je suis le véritable roi de Gala. C’était la volonté de mon père, et vous le savez parfaitement. Si je dirigeais Gala, je renverrais ces trublions dans leur fichu Temple par le premier transport.

– Or c’est moi qui tiens les rênes du pouvoir, dit doucement la Reine. Et je veux qu’ils restent.

– Évidemment ! répondit amèrement le Prince. Vous me déniez mon droit à la couronne. Pourquoi ne me priveriez-vous pas du reste ?

– Peut-être pouvons-nous parvenir à un compromis, déclara calmement Giba. Les Jedi demeureront sur Gala, mais ne seront pas autorisés à quitter le palais sans escorte. Nous leur affecterons un homme qui connaît bien la ville. (Il se tourna vers les Jedi.) Ce sera aussi un moyen d’assurer votre protection. À l’heure actuelle, les rues ne sont pas sûres. Il y a beaucoup d’agitation. Vous aurez besoin d’un guide.

Giba parlait en diplomate confirmé, mais, pour Obi-Wan, son discours était cousu de fil blanc. Le vieil homme savait très bien que les Jedi n’avaient besoin de personne pour se défendre. C’était simplement une manière de leur imposer la présence d’un espion qui rapporterait leurs faits et gestes.

Obi-Wan attendit que Qui-Gon proteste mais, à nouveau, le Chevalier garda le silence. Comment pouvait-il accepter des conditions aussi humiliantes ?

La reine Veda laissa peser son regard un long moment sur son fils. Elle semblait épuisée.

– À ta guise, Beju, murmura-t-elle. Tu dis vrai – je ne peux tout te refuser. (Elle toucha un tube rougeoyant fixé dans le mur. Celui-ci vira au bleu.) Jono Dunn accompagnera les Jedi.

Peu après, la porte de métal s’ouvrit. Un garçon de l’âge d’Obi-Wan, vêtu d’une tunique et d’un pantalon bleu marine, se mit au garde-à-vous.

– Approche, Jono Dunn, dit la Reine. Je te présente Qui-Gon Jinn et Obi-Wan Kenobi. Ce sont les Jedi chargés de surveiller les élections. Tu les escorteras pendant leur séjour.

– Il leur est interdit de quitter le palais seuls, s’empressa d’ajouter le prince Beju.

– Cela vous convient-il, Qui-Gon ? demanda la reine Veda, l’implorant d’accepter du regard.

Le Jedi hocha la tête.

– Merci de nous prêter assistance, reine Veda, dit-il doucement.

Obi-Wan n’en croyait pas ses oreilles. Non seulement Qui-Gon acquiesçait à la présence d’un cicérone, mais, en plus, il remerciait la Reine !

Le regard bleu du Jedi se posa sur Giba.

– Et je vous remercie pareillement, Giba. Je suis sûr que notre garde saura nous défendre lorsque nous affronterons les rues si périlleuses de Galu.

Qui-Gon posa la main sur l’épaule de Jono Dunn et le plaça entre lui et Obi-Wan. À côté de ce garçon menu, le Jedi semblait gigantesque. Et, bien que Jono fût du même âge qu’Obi-Wan, il était loin d’avoir sa carrure. Ainsi, sans déployer le moindre effort, Qui-Gon venait de démontrer l’inanité de la proposition de Giba. Jono n’avait rien d’un protecteur ; il n’était qu’un pion sur l’échiquier.

La Reine esquissa un sourire. Giba, rouge de colère, pinça ses lèvres minces.

– Profitez bien de votre séjour, siffla-t-il entre ses dents.

– Comptez sur nous, répondit Qui-Gon.

Le Jedi s’inclina et quitta la salle. Obi-Wan le suivit une seconde plus tard. Mais lorsqu’il atteignit le hall, son Maître avait déjà disparu.